Cinq manteaux, un objectif

Written by on 18 mai 2016

a vie que nous menons sur cette terre n’est bien souvent pas conforme à nos attentes. Il s’agit rarement d’un long fleuve tranquille dépourvu de tourbillons et d’obstacles. Cependant, ce qui compte le plus est notre objectif ultime.

Que signifie vivre en ayant un but, en faisant preuve de détermination et de persévérance ? Pour réfléchir à cette question, nous prendrons l’exemple d’un homme – un homme qui a revêtu cinq manteaux et a eu un seul destin.


LE MANTEAU SYMBOLE DE PRIVILÈGE (GENÈSE 37.1-36)

Jacob avait 90 ans à la naissance de Joseph, le fils de son épouse préférée, Rachel. Il avait attendu cet enfant pendant des années. Certes, il en avait d’autres : Ruben, Siméon, Lévi, Juda… Dix fils en tout. Mais Joseph était spécial et il le chérissait plus que les autres – et plus encore quand sa mère mourut en donnant la vie à son frère Benjamin. Pour Jacob, Joseph était le symbole de son amour, l’objet de ses rêves.

Alors Jacob a fait pour Joseph un manteau multicolore. C’était une tunique de fin lin, avec de longues manches et richement brodée1, un manteau digne d’un prince. Ses frères portaient des vêtements beaucoup plus simples, la tenue de travail des bergers et des éleveurs. Leurs vêtements en disaient long sur leur vie. Leur rôle consistait à travailler dur et à s’occuper du bétail. En revanche, le manteau de Joseph symbolisait l’honneur que lui faisait son père. Il était appelé à occuper un poste à responsabilités, un poste respectable.

Ainsi, cette tunique était le manteau du privilège, un statut qui permettait à Joseph de faire des rêves et d’imaginer ce que Dieu avait en réserve pour lui.

D’une certaine façon, nous avons également reçu un manteau symbole de privilège. Dans votre foyer et peut-être à l’université ou à l’Église, vous participez à des activités et vous recevez des conseils. Les personnes qui vous guident espèrent que les valeurs qu’elles vous ont transmises deviendront des critères importants dans votre vie. Elles rêvent que vous occupiez des places d’honneur, que vous preniez des responsabilités et que vous fassiez preuve d’excellence. Grâce à elles, vous menez une vie protégée des difficiles réalités de la vie.

Malheureusement, ces conditions peuvent rapidement changer. Au fil du temps, vous devrez certainement renoncer à ce manteau symbolisant le privilège et la sécurité et, comme Joseph, vous vous retrouverez peut-être seul dans un monde hostile, un monde qui ne prêtera aucune attention à vos rêves et à vos privilèges, un monde qui mettra votre détermination et vos engagements à l’épreuve.

Tandis que les montagnes de Canaan disparaissaient au loin, Joseph prenait une décision majeure. Il s’engageait à rester fidèle à Dieu.

 

LE MANTEAU SYMBOLE D’INTÉGRITÉ (GENÈSE 39.1-20)

Joseph avait 17 ans (voir Genèse 37.2) quand ses frères l’ont vendu aux Madianites. En Égypte, il a été recruté par Potiphar, le capitaine de la garde royale du Pharaon. Potiphar comprenait rapidement qu’il n’avait pas de souci à se faire concernant les affaires confiées à Joseph. Celui-ci agissait toujours de façon pertinente. Cet esclave était manifestement désireux de faire preuve d’excellence.

Mais il y avait autre chose. Potiphar constatait que « le Seigneur était avec Joseph » (Genèse 39.2, BFC)2. Il est vrai que l’excellent travail de Joseph permettait à Potiphar d’être prospère. Mais de plus, celui-ci sentait la présence de Dieu aux côtés de Joseph. Son bras droit entretenait une relation personnelle avec Dieu et tout le monde le constatait. Alors Potiphar a confié ses biens à Joseph et il a placé un manteau sur ses épaules.

Joseph devait alors faire face à une situation inédite. L’apparence physique avantageuse qu’il avait héritée de Rachel, sa mère, avait créé un problème. La femme de Potiphar l’a remarqué et l’a invité à se rapprocher d’elle. Pour Joseph, la tentation de céder à ses avances était double : d’une part le plaisir partagé avec cette femme et d’autre part son évolution sociale. Lui faire plaisir pouvait améliorer sa situation et lui déplaire pouvait réduire tous ses rêves à néant.

Joseph était loin de sa maison et de sa famille, il se trouvait dans un pays païen où les valeurs morales avaient peu d’importance. Mais ce jour-là, il faisait un choix crucial et décidait de continuer à mener une vie intègre.

Ce deuxième manteau est intéressant à double titre. Premièrement, de nombreuses personnes pensent devoir trouver le succès afin que leurs semblables comprennent que Dieu est à leurs côtés. Elles luttent et elles se démènent mais elles finissent souvent par constater qu’elles ne sont pas l’objet de la faveur de Dieu. Pourquoi ? Parce qu’elles confondent la cause et l’effet. La raison du véritable succès est la présence de Dieu – Dieu était avec Joseph. Pour quelle raison ? Parce que Joseph était avec Dieu. Le Seigneur était la plus grande priorité de sa vie (Matthieu 6.33).

Deuxièmement, la relation que Joseph entretenait avec Dieu lui donnait la force de ne pas céder à la tentation et donc de ne pas pécher contre Dieu. Sa réaction indique qu’il avait refusé de céder aux avances de la femme de Potiphar non pas parce qu’il avait peur que cela se sache ou qu’il craignait d’attraper une maladie ; il avait refusé car il ne voulait pas tromper Dieu et Potiphar qui lui faisait confiance.

Troisièmement, la tentation à laquelle Joseph était confronté ne consistait pas uniquement à entretenir une relation immorale. Il pouvait être tenté aussi de profiter des ressources de l’État pour son profit personnel. Ce n’était pas une tentation nouvelle. Dès son arrivée chez Potiphar, Joseph avoit eu la possibilité de dérober de petites choses appartenant à Potiphar, des choses dont la disparition serait passée inaperçue et qui auraient pu lui être utiles. La façon dont il avait géré ces situations anodines en apparence déterminait la façon dont il réagirait quand confronté à des tentations plus grandes.

Nous sommes également confrontés à la tentation. Pour nous comme pour Joseph, les tentations surviennent « jour après jour » (Genèse 39.10). Elles apparaissent quand nous nous y attendons le moins et elles sont subtiles et fortes.

Nous pouvons réagir en fonction de ce qui nous semble le plus pertinent, en fonction de ce que les autres pourront penser, ou selon ce que nous avons à gagner ou à perdre. Mais voici la question que nous devrions nous poser : « Comment pourrais-je faire un aussi grand mal, et pécher ainsi contre Dieu ? » (Genèse 39.9) Quand nous faisons face à nos difficultés avec Dieu, il n’y pas de luttes ni d’épreuves dont nous ne pouvons sortir victorieux.

Voici le secret de la vie de Joseph. En toute situation, celui-ci avait respecté son engagement à être fidèle.

 

LE MANTEAU SYMBOLE D’ADVERSITÉ (GENÈSE 39.21 – 40.23)

Potiphar était très confus. Pendant tout le temps où Joseph avait travaillé pour lui, il n’avait jamais rien fait de répréhensible. Mais désormais une grave accusation était portée contre lui. Il semblait qu’il avait commis un crime puni de mort. Cependant, il connaissait sa femme et les mensonges dont elle était capable. Il ne voulait pas exécuter un innocent, mais il ne voulait pas non plus que son honneur et celui de sa maison soient salis. Il ne savait pas quoi faire, il avait besoin de temps pour réfléchir. Alors il a décidé d’envoyer Joseph en prison.

Dans la prison, Joseph a revêtu la tenue des prisonniers. Jusqu’alors, il avait perdu deux beaux manteaux, désormais il perdait sa réputation. Sa vie ne ressemblait pas à ce qu’il espérait. Nous pourrions nous attendre à ce que Joseph se décourage et perde espoir. « Voici ma récompense, moi qui suis resté intègre ! Pendant dix ans j’ai fait preuve de fidélité vis-à-vis de mon maître, et voici où je me retrouve. Où es-tu, Dieu ? J’ai pourtant agi comme tu me l’as demandé. »

Joseph ne comprenait pas ce qui lui arrivait mais il était sûr d’une chose : Dieu était avec lui (Genèse 39.21). Nous avons parfois tendance à penser que Dieu est avec nous uniquement quand nous sommes prospères et heureux. Mais nous découvrons avec l’histoire de Joseph que Dieu était avec lui dans l’adversité. Il n’y a aucune situation dans laquelle Dieu ne puisse nous accompagner.

Joseph avait une qualité particulière. Au lieu de se focaliser sur sa propre situation, il s’est concentré sur sa capacité à aider ses semblables. Quand l’échanson et le panetier de Pharaon ont éte emprisonnés, par exemple, le garde les a confiés à Joseph et celui-ci s’est mis à « leur service » (Genèse 40.4). Ainsi, dans la prison de Pharaon, vêtu d’un troisième manteau – celui de l’adversité – Joseph se faisait remarquer par son altruisme.

Le secret de Joseph était que Dieu – et non lui-même ou les circonstances – était au centre de sa vie. Il avait accepté d’être le serviteur de Potiphar, d’être le prisonnier de Pharaon, mais pas d’être esclave des circonstances. Les difficultés, les malheurs et les injustices de la vie ne le perturbaient pas. Il était convaincu que Dieu était à l’œuvre en toutes circonstances et c’est sa conception de la vie qui lui avait permis de surmonter les épreuves auxquelles il devait faire face.

De plus, cette période d’affliction et de souffrance qui pouvait sembler être du temps perdu, était en réalité un temps de bénédiction. C’est dans cette prison que Dieu agissait de façon à ce que Joseph rencontre l’homme qui allait ensuite le présenter à Pharaon. Qui aurait pu imaginer que cet entretien d’embauche se déroulerait dans un tel lieu ? Si Joseph avait tout fait pour échapper à la prison, il aurait manqué cette rencontre qui allait l’amener vers un futur exceptionnel.

Ainsi, Joseph continuait à servir son prochain et à accomplir un véritable ministère dans ce cadre difficile et douloureux. En dépit de circonstances difficiles, Joseph continuait à chercher à atteindre le but qu’il s’était fixé.

 

LE MANTEAU SYMBOLE D’HUMILITÉ (GENÈSE 41.1-36)

L’échanson a totalement oublié Joseph – jusqu’à ce jour-là.

« Serviteur, apporte-moi mon manteau ! » Pharaon était de mauvaise humeur. Il avait passé une très mauvaise nuit car il avait fait plusieurs cauchemars. « Et faites venir des sages, notamment les spécialistes des rêves. »

Mais cela était vain. Aucun magicien ne pouvait interpréter le rêve de Pharaon. Alors l’échanson s’est souvenu de Joseph (Genèse 41.9). Celui-ci fut aussitôt introduit auprès de Pharaon.

« J’ai fait un rêve, dit Pharaon. Personne ne sait l’interpréter, mais j’ai appris qu’il te suffit d’entendre un rêve pour l’interpréter. » (Genèse 41.15)

C’était le moment que Joseph attendait depuis longtemps. Il aurait pu répondre : « Certainement, Majesté. Tout ce que vous avez entendu dire à mon sujet est vrai. » Ou encore : « J’aimerais beaucoup pouvoir vous aider, mais je suis abattu et triste en raison de ma situation injuste. Si vous pouviez faire quelque chose3… »

Oui, c’était le moment que Joseph attendait depuis longtemps. Sans se mettre en avant, sans penser à lui d’abord, Joseph répondit : « Ce n’est pas moi, c’est Dieu qui peut t’en donner une explication favorable. » (Genèse 41.16, BFC) Joseph mettait l’accent sur le fait que tous les dons qu’il possédait venaient de Dieu et il refusait de s’attribuer le moindre mérite. Il avait revêtu un quatrième manteau, celui de l’humilité.

« Que devons-nous donc faire ? » demanda Pharaon. Cette fois encore, les sages ne savaient que répondre. Quelqu’un a suggéré de rassembler un comité qui travaillerait pendant sept ans à l’interprétation des rêves de Pharaon et qui préparerait un rapport présentant les diverses solutions envisageables. Le visage de Pharaon s’assombrissait.

« Votre excellence, je peux vous faire une proposition, a déclaré Joseph.

– Bien sûr !

– Nommez un administrateur sage et confiez-lui ce projet. Que le Pharaon agisse et qu’il nomme des inspecteurs dans le pays, pour prélever un cinquième des récoltes de l’Egypte pendant les sept années d’abondance. Qu’ils rassemblent tous les vivres de ces bonnes années qui arrivent ; qu’ils fassent, sous l’autorité du pharaon, des réserves de blé et de vivres dans les villes, et qu’ils en aient la garde. Ces vivres seront en dépôt pour le pays, en vue des sept années de famine qu’il y aura en Egypte, afin que le pays ne soit pas décimé par la famine. »

Pharaon a tourné le regard vers ses conseillers. « Qu’en pensez-vous ?

– C’est un excellent plan, a répondu l’un d’eux. Mais qui allez-vous nommer au poste d’administrateur ? »

Pharaon a regardé alors Joseph. « Qui pourrait être plus compétent que Joseph ? Pourrions-nous trouver un autre homme comme celui-ci, qui a en lui le souffle de Dieu ? » (Genèse 41.38)

Joseph aurait pu choisir la facilité et se contenter d’interpréter les rêves. Il aurait malgré tout reçu les honneurs et les éloges de la cour. Mais Joseph ne s’est contenté pas du moindre effort. Il était désireux de faire preuve d’excellence et il était prêt à parcourir le deuxième mille (Matthieu 5.41).

Il passait d’une prison à un palais… Quel changement inattendu et surprenant ! Un changement de circonstances s’est produit, mais pas un changement de direction.

 

LE MANTEAU SYMBOLE DE GRÂCE (GENÈSE 41.37-45.8)

Quand Pharaon a nommé Joseph au poste de gouverneur, il lui a donné un nom nouveau, un chariot royal et un sceau officiel. Il lui a également donné une robe de fin lin indiquant quel était son nouveau statut.

Au cours des sept années qui ont suivi, le rêve de Pharaon s’est réalisé. La moisson était abondante et Joseph avait mis de côté un cinquième des récoltes dans de vastes greniers. Puis les sept années de famine ont débuté. Le peuple réclamait de la nourriture à Pharaon, et celui-ci lui recommandait d’aller voir Joseph qui ouvrait les greniers et vendait au peuple les vivres qu’il avait mis de côté. La nation était sauvée car les réserves étaient pleines.

Quelques mois plus tard, les représentants d’autres pays ont commencé à arriver car la sécheresse était générale. En Canaan, Jacob a rassemblé ses fils et leur a dit : « J’apprends qu’il y a du grain en Égypte ; descendez-y et achetez-nous-en là-bas ; ainsi nous resterons en vie, nous ne mourrons pas. » (Genèse 42.2)

Les dix fils aînés de Jacob se sont mis en route vers l’Égypte, laissant Benjamin avec leur père. Arrivés à destination, ils se sont présentés devant le gouverneur et ils se sont inclinés en signe de respect. Vingt années se sont écoulées, pourtant Joseph reconnait immédiatement ses frères. « D’où venez-vous ? Ils ont répondu : De Canaan, pour acheter des vivres. Joseph a reconnu ses frères mais eux ne l’ont pas reconnu. […] Il leur dit : Vous êtes des espions ; c’est pour repérer les points faibles du pays que vous êtes venus ! Ils lui ont répondu : Non, mon seigneur, nous sommes venus acheter des vivres. Nous sommes tous fils d’un même homme ; nous sommes sincères ! Nous sommes tes serviteurs, nous ne sommes pas des espions ! Il leur dit : C’est faux ! C’est pour repérer les points faibles du pays que vous êtes venus ! Ils ont répondu : Nous sommes douze frères, fils d’un même homme en Canaan ; le plus petit est avec notre père aujourd’hui, et il y en a un qui n’est plus. Joseph reprit : Je vous l’ai dit : vous êtes des espions ! Voici l’épreuve que vous subirez : par la vie du Pharaon, vous ne sortirez pas d’ici tant que votre petit frère ne sera pas venu. Envoyez l’un de vous chercher votre frère ; vous autres, vous irez en prison. On mettra ainsi vos paroles à l’épreuve, pour savoir si vous dites la vérité ; sinon, par la vie du Pharaon, c’est que vous êtes des espions ! » (Genèse 42.7-16)

De retour en Canaan, c’est uniquement lorsque les vivres rapportés d’Égypte sont venus à manquer que Jacob s’est laissé convaincre de laisser Benjamin partir – Benjamin était tout ce qui lui restait de Rachel, sa bien-aimée. C’est Juda qui l’a persuadé : « C’est moi qui me porte garant de lui ; c’est à moi que tu le réclameras. Si je ne te le ramène pas, si je ne te le rends pas, je serai toujours coupable d’un péché envers toi. » (Genèse 43.9)

Ils sont arrivés en Égypte et ils se sont présentés devant le gouverneur. Cette fois, celui-ci a réagi de façon très différente. Il les a accueillis avec bienveillance, il a libéré leur frère qui était en prison et il les a invités tous à un grand banquet.

Le lendemain matin, après une bonne nuit de repos dans la résidence du gouverneur, les frères de Joseph ont quitté Canaan, leurs besaces pleines de vivres. Ils n’avaient pas encore parcouru beaucoup de chemin quand ils ont entendu des chevaux approcher et ont vu un nuage de poussière. C’était un garde accompagné d’une compagnie de soldats.

« Qu’avez-vous fait ? Pourquoi avez-vous pris la coupe en argent du gouverneur ?

– Pas du tout, jamais nous n’aurions agi ainsi ! Si vous trouvez la coupe parmi nos affaires, alors nous accepterons de servir le gouverneur en tant qu’esclaves pendant le reste de notre vie.

– Très bien. Mais si l’on trouve la coupe dans les affaires de l’un d’entre vous, alors celui-ci seulement deviendra l’esclave du gouverneur. »

Rapidement, les frères ont pris leurs sacs et les ont ouverts : Ruben, Siméon, Lévi, Juda, Zabulon, Issachar, Dan, Gad, Aser, Nephtali, Benjamin.

Pendant ce temps-là, Joseph attendait dans son palais, anxieux. Il était certain que le garde allait revenir avec Benjamin. Mais ses autres frères ? Allaient-ils poursuivre leur chemin en abandonnant Benjamin, comme ils l’avaient fait avec lui vingt ans auparavant ?

Soudain, il a vu les soldats approcher. Tous ses frères étaient avec eux. Joseph leur dit : « Qu’avez-vous fait ? »

Ils ont tous baissé le regard. Enfin, Juda a pris la parole – Juda qui avait poussé ses frères à vendre Joseph.

« Que te dire, mon seigneur ? Comment parler ? Comment nous justifier ? Dieu nous a trouvés en faute. Nous sommes tes esclaves. Alors Joseph dit : Jamais je n’agirais de la sorte ! L’homme aux mains de qui on a trouvé la coupe sera mon esclave ; vous, montez en paix vers votre père. »

Alors Juda s’est approché de lui et prit la défense de Benjamin : « Pardon, mon seigneur ! Permets-moi, je te prie, de te dire un mot. […] Si je retourne auprès de mon père, et que le garçon ne soit pas avec nous, il est tellement attaché à lui qu’il mourra dès qu’il verra que le garçon n’est pas là. […] Car moi, ton serviteur, je me suis porté garant pour le garçon, en disant à mon père : « Si je ne le ramène pas auprès de toi, je serai toujours coupable d’un péché envers mon père ! Maintenant, je t’en prie, laisse-moi rester à la place du garçon, comme ton esclave, et laisse le garçon remonter avec ses frères ! » (Genèse 44.18-33)

Joseph s’est levé. Il portait un cinquième manteau – celui de la grâce. Le moment était venu.

Parfois, quand nous parvenons à obtenir un poste à responsabilité, nous pensons que le moment tant attendu est arrivé – le moment d’une juste récompense, la compensation pour toutes les injustices que nous avons subies. Dans la vie nous subissons des revers, nous sommes victimes de discrimination, nous vivons des injustices. Souvent, nous sommes incapables de nous défendre, nous ne parvenons pas à justifier notre position. Puis il arrive que les circonstances changent et que nous obtenions un poste important. Nous pouvons alors éprouver un sentiment de revanche.

Quand Joseph a obtenu le poste de gouverneur, il est devenu le bras droit du Pharaon et il était très facile pour lui de se venger des injustices dont il avait été victime – vis-à-vis de la femme de Potiphar, de Potiphar lui-même, de l’échanson. Désormais, ses frères qui, auparavant, le détestaient, l’avaient blessé et enfin l’avaient vendu sans hésiter en tant qu’esclave, se prosternaient devant lui, tremblants de peur, à sa merci.

Mais Joseph était déterminé à faire preuve de compassion, d’un esprit de pardon et de grâce tout au long de sa vie. Il ne voulait pas être animé d’une soif de vengeance. Au contraire, il considérait chaque événement de sa vie comme une occasion de servir et de faire du bien à ses semblables.

Nous pensons parfois que la trahison de ses frères qui l’avaient vendu en esclavage, puis le fait qu’il ait été emprisonné pour de mauvaises raisons, étaient les plus grandes épreuves de la vie de Joseph. Mais y avait-il une situation plus difficile à gérer que celle-ci : Les frères de Joseph devant lui, totalement impuissants, et lui, Joseph ayant tous les pouvoirs sur eux ? C’est une chose de subir une épreuve en étant incapable de se défendre ; c’en est une autre d’avoir la possibilité de se venger en sachant que ses ennemis sont en position de vulnérabilité4.

Cela est vrai pour nous également. De quelle façon utilisons-nous le pouvoir dont nous disposons à un moment donné de notre vie ? Il est important que nous comprenions le secret de Joseph. Celui-ci a tout simplement la conviction que sa position d’autorité fait partie du plan de Dieu et que Dieu désire qu’il protège et préserve ses semblables, y compris ceux qui l’avaient maltraité.

Le deuxième point concerne le pardon. La vie de Joseph est source d’enseignements concernant le pardon5.

Le pardon doit précéder la repentance. Bien souvent, pour pardonner nous attendons que la personne qui nous a fait du mal se repente. Joseph a choisi de pardonner à ses frères bien avant que ceux-ci comprennent leurs erreurs. Certes, il était esclave et prisonnier en Égypte mais il était véritablement libre – libre du sentiment d’amertume qui paralysait de nombreuses personnes et les empêchait de vivre librement.

Le pardon implique la restauration. Joseph a pardonné à ses frères bien longtemps avant leurs retrouvailles, mais il n’a pas dévoilé tout de suite son identité parce qu’il désirait que ceux-ci changent de façon de penser et d’agir. Il voulait non seulement les libérer de leur sentiment de culpabilité mais également les aider à croître spirituellement.

Le pardon est une affaire privée. Quand Joseph a eu besoin de parler à ses frères au sujet du passé, il a demandé à toutes les autres personnes présentes de quitter la pièce. Il n’est pas utile de parler publiquement des offenses commises. La discrétion facilite bien souvent la restauration des relations.

Le pardon est permanent. Le pardon authentique n’est pas conditionnel. Dix-sept ans plus tard, lorsque leur père mourut, les frères de Joseph pensaient que, peut-être, leur temps de grâce était terminé. Mais Joseph leur a donné l’assurance qu’il leur avait accordé un pardon total et définitif.

Joseph était un exemple de la force du pardon et de la grâce.

 

CONCLUSION

Un homme, cinq manteaux et un objectif.

C’est bien souvent l’histoire de notre vie. Nous avons des rêves et nous faisons des plans pour l’avenir. Puis soudain, nous sommes confrontés à des problèmes et nous nous retrouvons dans des situations difficiles. Nous n’avons plus aucun contrôle sur les circonstances. Nous avons le sentiment d’être rejetés, même par ceux que nous considérons comme nos meilleurs amis et d’être victimes d’injustice. Il nous arrive de nous retrouver dans un pays étranger, loin de notre famille et des personnes qui comptent dans notre vie, loin de ceux qui nous soutiennent et nous font du bien spirituellement. Nous pouvons avoir envie de faire des choix matérialistes ou mauvais, de céder aux tentations inappropriées. Comment agissons-nous alors ?

Bien souvent, les choses vont de mal en pis. Nous perdons notre statut – non en raison de notre incompétence, mais parce que nous faisons ce qui est juste. Nous nous retrouvons enfermés dans des situations inextricables dont il nous semble impossible de sortir. La tentation est grande de céder au découragement et à la dépression. Comment agissons-nous alors ?

Puis parfois, notre situation change miraculeusement. Nous réussissons tout ce que nous entreprenons et nous accédons à une position de prestige et de pouvoir. Nous avons de l’autorité, nous pouvons contrôler bien des choses. Et nous côtoyons ceux qui nous ont ignorés, maltraités et méprisés. Comment agissons-nous alors ?

Comme Joseph, nous sommes invités à nous efforcer d’être fidèles à nos engagements et à revêtir ces cinq manteaux, symboles de privilège, d’intégrité, d’adversité, d’humilité et de grâce – des manteaux d’excellence et de fidélité6.

John Wesley Taylor V (titulaire d’un doctorat obtenu à l’université Andrews, à Berrien Springs, dans le Michigan, et d’un master de l’université de Virginie) est actuellement directeur adjoint du département de l’Éducation à la Conférence générale des adventistes du septième jour, dont le siège se trouve à Silver Spring, dans le Maryland, aux États-Unis.


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